La
problématique de la réforme des retraites ne doit pas être ramenée au
seul volet financier, a-t-il ajouté lors de l'ouverture des journées
d'étude initiées sous le thème "le financement des retraites : entre
solidarité collective et responsabilité individuelle", estimant qu'il
importe d'abord de consolider la chaîne des valeurs qui constituent les
fondations de l'édifice à construire.
Le processus de réforme a été entamé dès 1997 par le lancement
d'études actuarielles de l'ensemble des régimes afin de scruter leur
avenir dans une perspective de long terme, a rappelé le ministre.
Le processus, a-t-il précisé, est arrivé actuellement à un niveau
avancé marqué essentiellement par le renforcement de l'équilibre à
moyen terme de la Caisse marocaine des retraites (CMR) à travers le
relèvement des taux de cotisations et le versement par l'Etat de
l'intégralité de sa part patronale, l'externalisation des caisses
internes de retraite des grandes entreprises publiques vers le Régime
collectif d'allocation de retraite (RCAR) avec un coût global
avoisinant 55 milliards de DH et l'introduction des réformes
paramétriques au niveau des autres caisses menacées par l'approche de
l'horizon du déséquilibre financier.
Aujourd'hui notre pays entame la réflexion sur une réforme globale
touchant l'ensemble des régimes dans le but, non seulement, de
consolider leur équilibre à long terme, mais aussi de tracer les bases
d'un système harmonieux et cohérent reflétant une vision partagée par
les partenaires sociaux, a affirmé M. Mezouar.
La solidarité collective et la responsabilité individuelle peuvent
bien s'articuler de manière complémentaire et harmonieuse dans un
système à plusieurs piliers, a estimé le ministre, ajoutant que les
régimes obligatoires fondés sur la solidarité collective peuvent
coexister avec des produits complémentaires et facultatifs offrant une
palette de choix aux initiatives individuelles.
Quant aux régimes obligatoires, a dit M. Mezouar, qui sont de plus
en plus astreints à de rudes épreuves du fait de l'impact concomitant
de la démographie et de l'évolution économique marquée, entre autres,
par les contraintes de la mondialisation, ils ont intérêt à opérer de
temps à autre des check-up pour s'assurer de leur capacité à tenir
leurs promesses.
Pour sa part, le Président Directeur Général de la CIMR, M. Khalid
Cheddadi, a indiqué que le système de retraite marocain ne bénéficie
qu'à une faible proportion des personnes en âge de travailler qui est
inférieure à 30 pc, vu la taille du secteur informel et l'absence de
couverture pour les professions libérales et les travailleurs du
secteur agricole.
M. Cheddadi a noté qu'à l'instar de ce qui se déroule dans les pays
engagés sur la voie des réformes, les régimes de retraite marocains
commencent à ressentir le poids de la pression démographique qui les
propulse en plein dans la phase de maturation, ajoutant que le ratio
démographique des principaux régimes continuera à baisser au fur et à
mesure que le Maroc avancera vers le vieillissement démographique.
Et d'ajouter que cette évolution a un impact direct sur les finances
des Caisses qui risquent, si rien n'était fait, de s'installer dans le
déficit chronique.
Selon lui, la séparation entre solidarité et équité devient un
impératif majeur de transparence et de justice sociale, il s'agit donc
de faire une distinction nette entre les prestations qui relèvent de
l'assurance, qui sont en corrélation avec les contributions et qui
renvoient au principe de l'équité, et celles non contributives, qui
sont financées par la collectivité et qui font appel à la solidarité.
Les autres intervenants ont débattu des questions relatives
notamment à la place de la solidarité dans les différents modèles de
protection sociale, au financement de la retraite et à la couverture du
risque indépendance.
Cette rencontre de deux jours, organisée par la Caisse marocaine des
retraites, la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite (CIMR)
et le Régime collectif d'allocation de retraite, voit la participation
d'experts de divers horizons, dont la Banque mondiale, le BIT,
l'Organisation de Coopération et de Développement Economique,
l'Association Internationale de Sécurité Sociale et des chercheurs
universitaires de notoriété reconnue.
MAP